INTERVIEW DE FLORENCE THIRIEZ
PRESIDENTE DU GROUPE DE TRAVAIL L'HOMME ET L'ARGILE
POUR LE MENSUEL BIOCONTACT, N° 92, AVRIL 2000.

 

L'ARGILE POUR TOUS,
DE L'HUMANITAIRE A LA RECHERCHE

 

Pourquoi accordez-vous tant d'importance à l'argile ?

Parce qu'elle ne coûte rien. Et qu'il y en a suffisamment en quantité - 15 % de la croûte terrestre - pour qu'aucune entreprise, aucun gouvernement, serait-il mondial, ne puisse nous la voler par un monopole, nous en interdire l'accès par un brevet. Et suffisamment en épaisseur pour qu'il soit difficile de la polluer à cœur, de la transformer toute en poison.

C'est donc un remède universel, accessible à tous...

Elle est sous nos pieds, et s'offre aux riches comme aux pauvres, sa récolte est si facile et sa conservation si aisée qu'elle peut trôner sans faillir sur la planche du bidonville, ou patienter dans de beaux sachets blancs sur nos étagères.

Elle est sous nos pieds et nous accompagne lorsque nous nous promenons sur la planète par plaisir ou... lorsque nous sommes jetés par la guerre sur des routes inconnues et hostiles, sans bagages et sans autres médicaments.

Elle est sous nos pieds, et les animaux et les hommes, de tous temps et de tous continents, l'ont flairée et désirée d'instinct. Difficile de trouver un groupe ou une ethnie qui ne l'utilise ou l'ait utilisée.

Avec l'argile, on traverse les cultures, on parle la même langue en quelque sorte

Je travaille sur l'argile depuis vingt-cinq ans parce qu'elle seule est réellement à portée du démuni torturé par une douleur dentaire... Mais aussi parce qu'elle seule m'offre cet extraordinaire plaisir d'échanger de plain-pied avec un berger aveyronnais, un aborigène sri-lankais, un touareg du désert ou un indien quitché guatémaltèque : lorsqu'ils découvrent que j'utilise le même remède qu'eux, ils me font entrer dans leur maison et ils partagent avec moi, d'égal à égal, en frères et sœurs. Je ne connais aucun autre passeport, aucun autre passe-culture qui permette ce miracle.

Quelles vertus prête-t-on à ce remède pour qu'il ait ainsi traversé les âges ?

Les argiles sont utilisées en médecine populaire traditionnelle pour soigner les problèmes de peau (brûlures, plaies souillées ou infectées, abcès, furoncles, éruptions), les problèmes rhumatismaux (arthrose, arthrite), les problèmes de traumatismes (fractures, contusions, entorses), et les problèmes digestifs (diarrhée, brûlures et acidité d'estomac, vomissements et certaines parasitoses).

Racontez-nous comment cette passion vous est venue.

A vingt ans, je n'avais ni argent ni couverture sociale. Il fallait s'assumer sur le plan santé. Quelqu'un m'a parlé de l'argile, j'ai essayé, ça a marché, j'ai continué. A trente ans, j'étais spécialisée en médecine traditionnelle (la médecine de la tradition), et à quarante ans je commençais à travailler dans les pays en difficulté.

Là-bas j'ai pu tirer d'affaire pas mal de gens. A commencer par une petite fille, Oumou, qui se mourait de paludisme grave (falciparum). Dans le coma depuis trois jours, en hypothermie, les yeux révulsés et la tête agitée par les spasmes d'une encéphalite, elle attendait la mort. L'argile, secondée par la réflexologie et les plantes médicinales, la rendit à ses parents.

Les familles de la ville, Mopti au Mali, avaient observé avec attention les progrès de l'enfant. Elles me parlèrent de leur souci avec les gastro-entérites endémiques, qui exposaient leurs enfants à des déshydratations mortelles. J'embauchai un secouriste local et le formai à l'argilothérapie. Avec son aide et celle de la directrice de la consultation de nourrissons, nous mîmes au point un traitement qui stoppait les épisodes diarrhéiques dès la première prise (voir protocole en page ...), même chez des patients affaiblis et dénutris.

Utilise-t-on toujours l'argile dans cette ville malienne aujourd'hui ?

Après mon départ, l'équipe formée sur place poursuivit son travail avec talent, initiant de nouveaux traitements contre les otites et les maladies de peau. Amis "humanitaristes", ne restez pas dans ces pays, ce serait manquer de respect aux habitants, se substituer à eux, faire du néo-colonialisme. Servir de catalyseur aux bonnes volontés locales est bien plus éthique et efficace. Lorsque vous proposez une technique qui leur convient, les populations locales prennent le relais très rapidement.

Pourquoi avoir quitté l'Afrique, terre si riche de traditions ?

Ma place était en France. Je savais que les argiles ne seraient pas prises en compte tant qu'elles ne feraient pas l'objet d'une validation scientifique, et je fondais en 1991 le groupe de travail L'Homme et L'Argile, un réseau constitué de spécialistes (géologues, hydrologues, médicaux, chimistes, physiciens, vétérinaires, tradipraticiens) décidés à donner bénévolement quelques heures de leur temps "pour la bonne cause" : mettre à disposition des groupes en difficulté des techniques leur permettant d'assurer les soins de santé primaire avec les ressources à leur portée sur le plan géographique, financier et culturel. Il s'agissait de collecter, de contrôler et de diffuser toute information concernant les effets des argiles sur la santé. Il fallait déterminer avec précision les modes d'action, indications et limites des ces médicaments naturels.

Qu'avez-vous découvert lors de vos recherches ?

Notre première tâche fut de rassembler les travaux scientifiques déjà effectués dans ce domaine. Je découvris avec stupéfaction que les argiles étaient à la pointe de la recherche actuelle, en particulier concernant leur capacité de dépolluants de radioactivité : pas un jour sans que les laboratoires du monde entier ne la testent et la décortiquent, pas un mois sans qu'ils n'en publient, dans les revues les plus prestigieuses, les étonnantes performances physiques, chimiques et médicales ! Le Medline, base de données médicale internationale, regorge de documents passionnants, que nous collectons et évaluons chaque année.

Quelle place occupe-t-elle dans la médecine moderne ?

Deuxième surprise : les argiles sont le principal composant et le principe actif de nombreux médicaments de médecine humaine et vétérinaire actuels vendus en pharmacie, médicaments que nous testons et dont nous examinons méticuleusement les dossiers réservés aux experts.

Troisième surprise : elles font l'objet d'un déni affiché des praticiens, qui vous tancent d'un regard méprisant lorsque vous les mentionnez... mais les prescrivent largement. Avec raison. Quel est actuellement le médicament le plus prescrit par les pédiatres à vos enfants en cas de troubles intestinaux ? L'argile. Mais l'auriez vous reconnue sous le terme de "smectite intergrade de nature bedeillitique" ?

Quelle est la vocation du groupe L'Homme et L'Argile ?

En dix ans, nous avons rassemblé une quantité impressionnante de travaux sur les qualités thérapeutiques des argiles, et nous disposons quasiment tout ce qui a été fait ou dit sur le sujet, de Dioscoride, premier siècle avant J.-C., aux études les plus récentes sur les propriétés ferromagnétiques. Nous avons effectué des missions de terrain dans de nombreux pays et mis au point des protocoles de traitements nouveaux, sûrs, simples et rapides.

Notre qualité d'experts indépendants des laboratoires ou entreprises a fait de nous une référence sur le sujet auprès des particuliers... des laboratoires et des entreprises ! Notre rôle est d'aider le public à se débarrasser d'un certain nombre de préjugés concernant l'utilisations des silicates d'alumine (argiles).