Pourquoi une démocratie décline

Si l’on comprenait mieux la mentalité orientale et sa philosophie, les guerres ne seraient plus nécessaires, et commencerait pour l’homme une nouvelle civilisation qui durerait au moins deux mille ans.

Il peut paraître bien téméraire ou imprudent de ma part de faire une semblable annonce, mais je puis me baser surcertains précédents. En effet, dix mois avant Pearl Harbour, je publiai les trois livres suivants :

Sur la ligne du front de sa santé des Nations
Le dernier et l’éternel vainqueur
L’ennemi qui détruit le Japon

J’annonçai dans ces livres la fin tragique de Gandhi, la fin de la colonisation britannique aux Indes, la défaite complète du Japon, pour la première fois en 2600 ans et la chute de l’empire de l’or américain. Les deux premières prévisions se réalisèrent cinq ans plus tard, la troisième six ans après et la quatrième dix-sept ans plus tard par les maladies pandémiques, mentales et physiques.

Pendant ces dernières 47 années, j’ai fait de nombreuses prophéties sur des questions individuelles, sociales ou internationales et, à ma stupéfaction, presque toutes se réalisèrent. Ma double vue n’est pas une divination mystique ou métaphysique, mais une prévision d’ordre biologique. Vous pouvez en faire autant et changer votre destinée. Vous pouvez donner naissance à une nouvelle civilisation ou vous pouvez créer l’enfer sur la terre.

Si une démocratie décline, cela provient de la négligence de sa base physiologique; si la démocratie d’aujourd’hui navigue mal, cela vient peut-être de la même cause. Si une nation se lève, c’est que cette nation a la base non seulement physiologique mais idéologique bien concrète. Étant une éthique, la science chinoise de la santé est en même temps une philosophie technique pratique. La philosophie et la technique ne sont pas séparées, elles sont une. Voilà la supériorité synthétique de l’Extrême-Orient. La philosophie et la science sont fusionnées dans un seul principe, ou c’est le principe unique qui ne leur permet pas de se séparer...

La santé physiologique et morale qui s’est basée sur le principe unique de la vie, la conception de l’univers établit la paix de la vie d’une unité, de l’individuel ainsi que celle de la société et donc celle du monde ; et telle paix peut être très concrète. Mais malheureusement la méthode, le mode d’emploi de ce grand principe dans la viequotidienne d’un individu n’est pas tout à fait explicitement montré. La religion de l’amour ou d’aimer ou d’être aimé est un art, en d’autres termes, une technique pratique de développer et de raffiner l’adaptabilité physique, physiologique et morale qui mobilise le jugement primordial de l’instinct dévoilé de toutes les connaissances a posteriori. C’est un art d’être ou de devenir comme des « petits enfants ». L judo est, comme je l’ai dit à plusieurs reprises, un art d’adaptabilité de l’instinct raffiné seulement à travers la pratique. L’adaptabilité de l’instinct raffiné seulement à travers la pratique. L’adaptabilité est, encore une fois, un passeport ou un vaisseau construit par la nature, d’avance, pour celui qui traverse l’Océan de la vie, é travers n’importe quelles tempêtes ou difficultés. La religion est une technologie philosophique ou spirituelle qui enseigne comment développer cette adaptabilité, tandis que le judo une technologie physique ou gymnastique qui enseigne comment développer l’instinct, le plus important pilote de notre vie, dès le premier jour de la conception embryologique jusqu’à la fin de la vie, et comment l’employer en cas d’urgence.

Un grand maître de Kendo ( escrime ) Musasi Miyamoto, est un bon exemple de Samuraï ( 17ème siècle ) qui développait son adaptabilité en pratique, sans aller à l’école, et par le principe unique saisi tout seul, à travers plus d’une cinquantaine de combats et de duels au sabre ; il est devenu un philosophe en même temps que maître sculpteur, maître d’écriture, maître de peinture, maître de construction des maisons, des châteaux et des ponts, maître de poésie et écrivain. Tous les maîtres des écoles de « do » sont de même. Musado dit : Le savoir-vivre quotidien d’un samouraï est la stratégie et la stratégie est le savoir-vivre quotidien. Vous voyez que le grand maître philosophe insistait sur l’importance de l’adaptabilité.

Chose curieuse tous les maîtres de « do », ainsi que tous les saints, les sages et les savants : Jésus, Bouddha, Confucius, Laotseu, etc. ne parlent pas beaucoup de « savoir-vivre en détail ». Ils étaient tous des maîtres « en pratique » qui ne parlent pas, qui n’écrivent pas sur leur art, à plus forte raison sur leur philosophie. Ils ne voulaient pas ni ne pouvaient pas séparer le principe de la pratique, en écrivant. Voici une seule grande effectivité de l’école de « do ». La science de l’Occident est le contraire. Le maître d’une école « do » ( Judo, Kendo, Kado, Kobo, Budo… toutes les écoles traditionnelles du Japon ) n’écrit jamais de livres ni de textes sur le principe de son école. Cela est même interdit. Tout le principe d’une école est transféré par un système dit « Kuden » ( bouche à oreille ), de père en fils, de maître à son disciple le plus fort. Ce « Kuden » est présenté quelquefois par un livret ou carnet, ou un rouleau en beau papier et orné. Mais ce qu’on trouve sur ces livrets ou carnets ou rouleaux sont les noms du maître et du disciple, la date, un catalogue de l’art et quelquefois, une phrase symbolique que personne ne peut déchiffrer sauf le disciple auquel e carnet ou rouleau est destiné. Alors ces carnets ou rouleaux sont tout à fait sans valeur pour d’autres personnes. On ne peut pas évaluer le principe secret. Ainsi beaucoup de maîtres ordinaires qui ne savent pas comment « apprendre à vivre » à leur disciple, littéralement parlant, restent sans disciples, et son école ainsi que son art meurent. Toutes les écoles de « do » sont extrêmement stériles sur ce fait.

C’est un système très critiqué, même ridiculisé par les éducateurs d’aujourd’hui. L’éducation moderne ou occidentale est le contraire ; « production en masse ». Mais c’était grâce à ce système que tous les arts et toutes les philosophies, ainsi que toute la science et la technologie traditionnelles du Japon, ont gardé leur principe et leur art le plus élevé jusqu’à nos jours.... C’est grâce à ces écoles de « do » que les Goncourt trouvèrent des maîtres d’estampes et de beaux tissages pour kimonos créés par des maîtres inconnus. Les écoles de « do » ne font aucune propagande qui est le contraire du principe. Ainsi elles étaient et sont toutes invisibles, surtout pour les étrangers...

La santé physiologique est la base la plus importante du bonheur. Elle est la base physiologique de la liberté et de l’égalité donc de la démocratie et de la paix. Il y a une belle phrase dans la philosophie chinoise : si vous voulez la paix mondiale, vous devez établir avant la paix dans la nation ; si vous voulez établir la paix dans la nation, vous devez d’abord établir la paix dans la famille ; enfin si vous voulez établir la paix dans la famille, vous devez avant tout établir la paix physiologique de vous-même ; la santé individuelle, physiologique et morale.

C’est l’étique Chinoise ou Extrême-Orientale. Donc l’éthique de l’Est est physiologique et elle comprend toute la philosophie et toutes les sciences : politique, économique, éducation. Elle est la science de l’homme et de l’humanité que postulèrent la démocratie de Sir Bryce (« La Démocratie Moderne » ) et la médecine du Dr. Alexis Carrel (« L’Homme, cet Inconnu » )
.

Georges Ohsawa - Revue Yin Yang - 1976